Sagesse 9 : une claire perception

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Une claire perception  
Shôjû Rôjin dut, selon ses propres dires, attendre l’âge de cinquante-cinq ans pour parvenir à la continuité dans la « juste perception », la claire vision du clair esprit. Il attachait tellement d’importance à cela qu’il baptisa son ermitage « la cabane de la juste Perception ». Rares étaient les moines qui se risquaient à rencontrer ce vieil homme, héritier direct d’une très ancienne lignée, et devenu l’un des plus grands maîtres du japon. Certains guerriers, toutefois, n’hésitaient pas à faire appel à lui pour progresser dans l’éclaircissement de l’esprit. Un jour, quelques samouraï pratiquaient la concentration zen en tirant au sabre devant le maître. Lorsqu’ils s’arrêtèrent pour reprendre haleine, l’un d’eux dit à l’ermite : « Pour ce qui est du principe, votre compréhension se relève bien supérieure à la nôtre, mais s’il s’agit de pratique, ne l’emportons-nous pas sur vous ? ». Saisissant sur-le-champ cette opportunité, le vieux maître lança un défi aux samouraï. Le guerrier fanfaronnant tendit au vieil homme un sabre en bois, mais le maître refusa, arguant du faut qu’un moine bouddhiste ne saurait brandir une arme, fût-elle en bois. Non, il ferait usage de son éventail, dont le support métallique suffirait amplement à sa défense.  » Essayez donc de m’atteindre » lança le maître, exhortant les samouraï au combat. Les guerriers ne pouvaient refuser un tel défi. Empoignant leurs sabres, ils attaquèrent le vieil homme sous tous les angles. Mais à mesure que celui-ci faisait une démonstration virtuose de l’art de la défense, leur émerveillement grandissait – et diminuait d’autant leur vigueur ! Chaque coup était adroitement paré par l’éventail du maître, qui semblait attirer les sabres comme un aimant. Brisés de fatigue, les guerriers durent admettre que le vieil homme se relevait capable de transformer à volonté sa connaissance abstraite en action concrète. L’un d’eux demanda quel était son secret. « – Il n’y a là aucun mystère, répondit le vieux maître, lorsque votre perception objective est claire, vous faites mouche à tous les coups. »